Maghrebines entre violences symboliques et violences phisiques:
Algerie, Maroc, Tunisie

Rapport annuel 1998-1999...

sommaire

 

II. Historique

Les violences contre les femmes en Algérie ont commencé bien avant l’arret du processus électoral de décembre 1991, où le Front islamique du salut (FIS) avait organisé la fraude à l’échelle nationale pour obtenir la majorité des sièges au parlement. En 1989 l’affaire de Ouargla, à Makhadma, ville située à 850 km au sud d’Alger, mettait à nu le sort réservé aux femmes par les intégristes.

C’était durant la nuit du 22 au 23 juin 1989. Un groupe de 12 militants islamistes érigés en milices intégristes ont monté une expédition punitive contre Saléha M, mère de trois enfants, qu’ils accusaient d’avoir "des moeurs légères". Le groupe mis le feu à la maison de Saléha, son fils de trois ans brula dans le bucher des fanatiques. La mère quant à elle, ayant réussi à échapper aux immenses flammes, garde à ce jour cicatrices de brulures au troisième degré.

Déjà auparavant, dès les années soixante-dix, les militants de l’Association islamique Eddaawa Oua Ettabligh, agressaient au vitriol les jeunes filles qui osaient se mettre en minijupe en ville ou en maillot de bain à la plage. Le pouvoir de l’époque laissait faire les choses, gardant le controle de cette mouvance qu’il utilisait pour contrecarrer militants de gauche et de la cause berbère.

C’est sous le régime de Chadli Bendjedid (1980 à 1992) que l’intégrisme prit l’ampleur et gagna à sa cause les milieux défavorisés et marginalisés en usant parfois de la force et de la menace.

Des centaines de jeunes Algériens pris en charge et envoyés en Afghanistan sont entrainés à la guérilla. De retour au pays, ils sont embrigadés par les partis islamiste et ont, à leur tour, pour mission de canaliser les jeunes des quartiers, les encadrer et former à leur idéologie.

Le 5 octobre 1988, une révolte éclata. Un ras le bol est alors exprimé avec force par une jeunesse à la recherche d’un idéal, de perspectives, de leaders. Mais ce qui devait déboucher sur une ouverture démocratique a été très vite détourné par le pouvoir et le mouvement islamiste.

Le plus dramatique fut sans aucun doute l’amnistie de tous les chefs terroristes islamistes emprisonnés dans le cadre de l’affaire Bouyali Mustapha (chef du mouvement islamique armé, abattu lors d’un accrochage par les forces de sécurité au début des années quatre-vingt, dans l‘Algérois). Tous les concernés par cette relaxe se sont vite redéployés en recommencant à activer aux còtés de Ali Belhadj et de Abassi Madani, les deux principaux dirigeants du parti du Front islamique du salut (FIS) dissout depuis. La stratégie adoptée amenait certains militants à activer dans la légalité au sein des partis agréés, les autres, anciens compagnons de Bouyali et vétérans de la guerre d’Afghanistan, se chargeaient de préparer la guérilla.

A la meme période on relève que de nombreux jeunes exclus du système scolaire n’ayant aucune perspective d’avenir se réfugient dans les mosquées où les militants intégristes leur promettent monts et merveilles mais surtout de prendre leur revanche sur le régime. Les 10.000 mosquées, sur les 11.000 existantes, que la mouvance islamiste controlait à travers l’ensemble du territoire national, servaient également aux militants pour lancer des demandes de mariage, annoncées à l’aide de hauts parleurs lors des preches du vendredi. Il n’était pas question pour les jeunes filles et les jeunes garcons de se voir ou de se connaitre. Il fallait juste que le chef de famille accepte pour que le mariage soit vite décidé.

Dans ces memes mosquées, les discours haineux visaient le pouvoir et aussi les femmes, accusées de dépravation, parce que dévoilées dans la rue et travaillant avec les hommes.

Cette hostilité grandissante envers les femmes s’est trouvée légitimée et confortée par le contenu des programmes dispensés par l’école algérienne depuis 1980. Les programmes officiels du ministère de l’Education nationale, en vigueur jusqu’à ce jour, enseignent aux enfants, citoyens de demain, l’infériorité et la soumission de la femme et le degré de violence permis sur sa personne. Cette infériorisation est légalisée par le Code de la famille adopté par l’Assemblée nationale en juin 1984. Ainsi seront modelées les formes d’exclusion et d’intolérance vis-à-vis des femmes.

On peut distinguer globalement trois étapes dans la mise en oeuvre du projet intégriste de destructuration de la société passant par le corps des femmes:

  • jusqu’en 1992: discours haineux et intimidations violentes mais encore épisodiques vis-à-vis des femmes;
  • 1993 à 1994: premiers assassinats de femmes en grand nombre et apparition du concept de mariage de jouissance;
  • 1995 à maintenant: élargissement des assassinats et viols à toutes les femmes; apparition du concept de butin de guerre.

 

1. Période allant de 1989 à 1992

Entre 1989 et 1992, le parti du Front islamique du salut ainsi que d’autres partis intégristes islamistes ont connu un essor considérable. Les femmes furent les premières victimes des discours enflammés des leaders islamistes. Celles qui travaillaient et particulièrement celles qui ne portaient pas le voile islamique, qualifiées de moutabarridjate (dévoilées), ou kassiat arriat (vetues mais nues) sont prises à parti dans chaque preche du vendredi de Ali Belhadj, numéro deux du FIS. Dans un entretien réalisé par le quotidien du soir Horizon le 23 février 1989, Ali Belhadj déclare " Les femmes sont productrices d’hommes, elles ne produisent pas les biens matériels (...) méme si scientifiquement, il est admis qu’il est possible à une femme de concilier son travail et ses obligations (...) je répète que la femme doit rester chez elle et éduquer les hommes. "

Les milices de ce parti nhésitaient pas à l’époque à intercepter dans la rue des jeunes filles non voilées pour les sommer en usànt de menaces de porter le hidjab. Elles agressaient aussi les couples dans les rues et se comportaient comme une police islamique des moeurs.

En juin 1990 lors des élections communales, le FIS rafle 856 communes. Durant les élections communales et législatives (juin 1990 et décembre 1991), les cartes de vote de nombreuses femmes ont été confisquées par leurs maris, fils, petit-fils, père ou frères. Jusqu’à la fin 1991, la loi électorale permettait à ces derniers de voter à leur place sur simple procuration.

Ce mépris envers les femmes savamment entretenu et renforcé par les militants islamistes a permis de laisser libre cours à la haine. Une haine qui s’est illustrée en 1993 par les assassinats commis contre les femmes. Pour justifier leurs crimes, les intégristes taxaient les victimes de moeurs légères ou de sorcellerie et obtenaient ainsi de la majeure partie de la population, à part les associations féminines de la mouvance démocratique qui dénoncaient ces crimes par des manifestations de rue, un silence presque complice.

Il fallut attendre l’assassinat en 1994, à la veille de ses fiancailles, au quartier des Eucalyptus (à Alger), de la jeune Karima Belhadj, agent d’administration à la direction générale de la Sùreté nationale, pour que l’opinion publique s’émeuve.

Les images de la mère de Karima pleurant, tenant dans ses mains le trousseau de sa fìlle qui avait à peine 23 ans, diffusées par la télévision algérienne ont bouleversé l’ensemble des Algériens qui jusque là restaient persuadés que seul les proches du gouvernement et les "athées" étaient visés par les intégristes.

Ce redoublement de violence vis-à-vis d’elles n’a pas pour autant réussi à faire abdiquer les femmes. Au contraire, elles continuaient à résister à la menace en gardant leur tete découverte, en allant travailler, faire le marché, étudier ou plus simplement en emmenant leurs enfants à l’école et montraient un exemple de courage extraordinaire au reste de leur société.

Les intégristes armés ont alors utilisé une nouvelle stratégie visant à la destruction de la société: le viol systématique.

 

2. Période allant de 1993 à 1994

L’armée islamique du salut (AIS) a mis en garde les femmes qui ne portent pas le voile, en leur disant: "Chaque fille musulmane pubère qui croit en Dieu et au jour dernier doit s’éloigner d’ettabaroudj (dans le sens de déshabiller) en mettant le Djilbab (tchador). Nous avons donc diffusé le message et il n’y aura pas d’excuse pour celles qui ne le suivent pas..."

Les groupes islamiques.armés (GIA) dans leur communiqué n0 28 du 30 avril 1995 confirment qu’ils ont ainsi élargi depuis déjà plus de deux ans leur champ de combat aux femmes de ceux qu’ils qualifient d’apostats et d’impies.

Dans ce communiqué, l’émir écrit "Nous informons les apostats impies et tous ceux qui ont des relations avec ces derniers que le groupe islamique armé va élargir le corde de la victoire à leur honneur en tuant leurs femmes et celles de ceux qui nous combattent où qu’elles soient meme dans les régions où nous n’avons jamais porté atteinte à l’honneur de ses habitants, ou jugé des femmes (...) Nous élargissons également le cercle de notre victoire en tuant la mère, la soeur et la fille des impies résidantes sous leur toit ou tout simplement qui offrent le gite aux impies... "

Les éléments de l’AIS vont pratiquer les memes crimes contre les femmes.

A cette période, le GIA avait décidé, dans un premier temps, de tuer toutes les femmes proches des éléments des forces de sécurité ou travaillant dans les autres institutions de l’Etat. Ainsi des enseignantes, des avocates, des juristes, des journalistes ou méme des femmes de ménage au niveau d’un commissariat de police ou de l’administration sont assassinées. En plus de ces dernières sont venues s’ajouter les voyantes, les danseuses et les chanteuses qui "défiaient" la morale islamiste.

De juillet 1993 à novembre 1994, selon des sources officielles, 151 femmes ont été ainsi tuées. 12 d’entre elles, apprend-on de meme sources ont été enlevées violées, puis tuées. Ces femmes sont agées de 12 à 80 ans et viennent généralement de milieu rural. La liste des victimes comprend toutes les catégories sociales.

A titre d’exemple, le cas des deux jeunes adolescentes de la ville de Birtouta, située à l’ouest d’Alger, enlevées avec leur mère le 6 novembre 1994, violées puis assassinées est significatif de l’ampleur du drame que vivent les femmes en Algérie.

Citons également le cas d’une jeune lycéenne de Meftah, wilaya de Blida, tuée le 28 février 1994 et celui des deux écolières assassinées le 17 juin 1994 à El-Hassine, wilaya de Bouira.

L’Arba, ville située dans la wilaya de Blida et controlée à ]‘époque par les terroristes affiliés à l’AIS a vécu un véritable drame. Lorsque les premières femmes ont été assassinées, l’AIS trouvait à chaque fois une justification pour que la population ne se retourne pas contre l’organisation.

C’est à cette période que le concept du Zawadj El-Moutafl (mariage de jouissance,) est apparu. Après la mort du prophète Mohamed, les disciples du khalife Ali (Chiite) avaient pris pour tradition de se marier lors du voyage qu’ils entreprenaient pour faire le pèlerinage à la Mecque. Ce mariage ne durait en réalité que le temps du voyage afin que les pèlerins ne s’adonnent pas, dit-on, à des pratiques contraires à l’islam. Pour rendre licite cette union, il suffisait juste de lire la Fatiha, un verset du Coran, devant deux témoins. Les adeptes des autres rites musulmans n’ont jamais accepté cette pratique.

 

3. Période allant de 1995 à maintenant

A partir de l’année 1995, lorsque la population a décidé de s’armer pour se défendre et faire face aux assauts des groupes intégristes, ces derniers ont changé de stratégie, déclarant la guerre à tous ceux qui ne sont pas avec eux au maquis (voir communiqué en annexe).

Dès lors, une nouvelle étape a été franchie dans la violence envers les femmes. Elle est marquée par le communiqué du GIA n0 35 publié dans la revue du GIA El Djamaa, édité à Londres qui déclare le peuple algérien apostat et donc ses biens devant etre déclarés comme butin de guerre.

Dans ce communiqué signé par l’émir national du groupe islamique armé, Antar Zouabri, dit Abou Talba, il est écrit: "Ce que vous entendez comme égorgements de femmes, d’enfants et de vieillards dans un village ou une ville, sachez que ces derniers sont des alliés des apostats, ou bien il s’agit de la mise en application des communiqués concernant ceux qui ne pratiquent pas la prière, qui s’adonnent à l’alcool et la drogue, celles qui ne portent pas le dijlbab. (...) Il ny a pas d’opération sans distinction et anarchique."

"Nos moudjahidine choisissent lour victimes. (...) Les femmes qui marchent presque nues et qui exhibent leurs bijoux, se parfument et promeuvent la prostitution. (...) Si nos aìeux n’étaient pas morts, ils auraient tué toutes les femmes ou plutòt auraient commencé par nous tuer nous parce que nous avons laissé nos femmes se comporter ainsi (…)

Dans un autre communiqué, Antar Zouabri a expliqué à propos du viol que son organisation était en guerre et que les biens de l’ennemi étaient considérés comme un butin de guerre. Les femmes bien sur font partie de ce butin.

C’est ainsi que les massacres ont commencé particulièrement contre les habitants des régions rurales sans défense. Pour la seule année 1995, selon les statistiques du ministère de l’Intérieur, le nombre recensé des femmes violées dans ce contexte de guerre est de l’ordre de 550. Leur age varie de 13 à 40 ans.

 

III. Témoignages

En 1994 une famille habitant les hauteurs d’Alger vécu une nuit de cauchemar. Une des filles a été violée sous les yeux de son frère, incapable de la protéger. Les témoignages des victimes sont publiés par El Watan le 28 juin 1994.

 

1. La benjamine avait à peine 18 ans "On dormait quand plusieurs personnes sont venues frapper à notre porte en criant: Ouvrez police! Il était près de minuit. Ma soeur ainée était au téléphone avec une copine. Elle dit:"on frappe à la porte, c’est la police ". Son interlocutrice tentera de la dissuader. " N’ouvre surtout pas ce sont des terroristes (...) tu feras mieux d’appeler la police." Entre temps les individus étaient déjà à l’intérieur de la villa après avoir escaladé les murs du jardin. Ils ont défoncé la porte. L’ainée n’en revenait pas. Elle réveillera en catastrophe ses deux jeunes seurs et essayera de les cacher. La maison est vite envahie par trois hommes cagoulés, armés de poignards et de pistolets. "Si vous appelez la police on vous tuera et on mourra avec vous ", dira l’un d’eux.

Le plus agé avait peut-étre 24 ans. "Ils ont ligoté, puis enfermé chacune de nous dans une chambre pour nous violer. Ils nous ont insultées, frappées, traitées de suppots du pouvoir, de bourgeois... C’était infernal. Nous devons notre survie à notre soeur ainée qui s’est faite violée sept fois de suite pour nous protéger. Elle s’est sacrifiée pour que les trois monstres ne nous souilient pas."

"L’ainée est partie, dira la mère. Elle a fini par quitter le pays complètement traumatisée. Elle n’arrivait plus à dormir. Les agresseurs avaient un langage bizarre qui allait entre grossièreté et incantations religieuses. Ils nous interdisaient de les fixer du regard. Lun d’entre eux nous disait: moi je n’ai pas peur, j’ai déjà tué. C’était le plus jeune. Il devait avoir 18 ans. Ils nous harcelaient de questions du type: faites-vous la prière, pourquoi vous vous habillez de cette manière, est-ce que vous allez à la plage?"

Toutes ces scènes se passaient sous les yeux du frère qui ligoté ne pouvait pas intervenir. Lui aussi a subit les injures et les obscénités. Au lever du jour, toute la famille a quitté la maison. Les filles et la mère n’ont plus eu le courage d’y revenir. Cette affaire avait bouleversé l’opinion publique, car c’était la première fois qu’un cas de viol était rendu public car, en général, les victimes étaient issues du milieu où les terroristes avaient l’habitude de s’approvisionner. Ils choisissaient les plus jeunes et les plus belles en promettant à leurs parents de bien s’occuper d’elles en les mariant à des moudjahidine. Arrivées au maquis, elles sont d’abord les épouses d’une nuit, ou d’une semaine de l’émir, avant d’etre violées par les autres intégristes.

A cette période, ils ne tuaient pas les femmes qui vivaiènt avec eux, otages très souvent offertes par leurs parents, qui pour une raison ou une autre constituaient une garantie pour qu’ils soient épargnés.

 

2. La jeune Fatima, agée de 22 ans avait raconté à la presse en 1994, que c’est son frère lui meme terroriste qui l’a donnée à son émir en signe de reconnaissance. "Il m’a dit: "je t’ai trouvé un mari pieux, un moudjahid qui m’assurera l’avenir." J’ai refusé au début. Mais il a menacé ma mère qui a fini par céder. Quand je suis arrivée au maquis, ils ont ramené un jeune qui a lu la Fatiha et le soir leur chef est venu me demander de me déshabiller. Tous les soirs ils me violait. Au bout d’une semaine, il m’a marié avec un autre, puis un troisième puis je ne sais plus combien jusqu’au jour où les militaires m’ont délivrée ", avait-elle révélé.

 

3. L’histoire de Karima est édifiante à plus d’un titre. Son frère jumeau, àgé de 22 ans, était l’adjoint de Djamel Zitouni, émir national du Groupe islamique armé, tué par ses compères en juillet 1995. Un jour alors qu’elle revenait du centre de formation professionnelle où elle étudiait, elle fut enlevée par son frère et son groupe à Birkadem, un quartier situé dans la banlieue d’ Alger.

Les terroristes lui ont bandé les yeux et l’ont emmené vers une villa en construction, située non loin des vergors de Saoula, à l’ouest d’Alger. Arrivée à ce lieu, son frère lui annonca qu’il venait de la marier à un de ses copains. Karima n’arrivait pas à croire qu’elle allait vivre un tel cauchemar. Son frère l’enferma dans une pièce vide, les mains et les pieds ligotés, deux terroristes surveillaient l’entrée.

Tous les autres membres du groupe étaient regroupés dans une autre chambre. De loin elle entendait des incantations du Coran. C’est à ce moment là quelle prend conscience que son frère venait réellement de la marier. Il ne s’agissait pas d’un vrai mariage mais de celui que les intégristes appellent Zaouadj El-Moutaa.

Dès la tombée de la nuit, un des terroristes est rentré dans la pièce. Il a éteint la lumière, s’est déshabillé dans le noir, il était nu, il m’a d’abord délié les pieds, puis doucement les mains avant de me paralyser contre le sol glacial en ciment. Il n’arrétait pas de réciter le Coran. Je commencais à crier, il s’est énervé, pris son pull et m’a bandé la bouche.

Il était comme une bete sauvage. J’ai senti comme une déchirure et des douleurs atroces au bas ventre. C’était horrible. Dès qu’il a terminé le mal qu’il a fait, il s’est reposé pendant deux ou trois secondes puis il refait la méme scène. J’ai du subir cela pendant trois heures. Il s’est habillé, a allumé les lumières puis il est sorti.

J’entendais les éclats de rires de mon frère et du monstre qui m’a violée durant tout le reste de la nuit. J’ai passée avec lui quatre nuits d’horreur. Au quatrième jour, mon violeur a eu pitié de moi. Il m’a dit: tu es ma femme, et à ce titre tu me dois obéissance et respect. Je ne vais pas te ligoter aujourd’hui et j’espère que tu ne vas pas trahir ma confiance.

J’ai profité donc d’un moment d’inattention de l’une des sentinelles et j’ai pris la fuite. Ma robe était toute déchirée et tachée de sang. J’étais terriblement terrifiée.

J’ai couru de toutes mes forces jusque chez moi. Ma mère était affolée. Je lui ai racontée ma tragédie. Elle en était folle de peur. Elle m’a tout de suite demandé d’aller me cacher chez une amie à elle, de peur que mon frère n’apprenne ma fuite et ne me tue avec tous les membres de la famille. J’ai été chez cette amie de ma mère.

Le lendemain j’ai appris que toute ma famille est partie à Ain-Temouchent, à des centaines de kilomètres d’Alger, par crainte de représailles de mon frère. La vieille femme chez laquelle je vivais s’est rendue compte que j’étais enceinte. Elle avait peur des qu’en dira-t-on des voisins. Elle m’a emmenée dans un centre où elle m’a trouvé, grace à ses connaissances, un lit. J’ai refusé d’interrompre ma grossesse car je considérais que le gosse que j’avais dans mon ventre n’avait pas à payer pour ce qu’un monstre m’avait fait.

Après l’accouchement, j’ai mis ma petite fille chez une famille d’accueil en attendant que ma situation se stabilise.

Je n’ai pas trouvé de travail. La rue est devenue mon gagne-pain. A chaque fois que je vais voir ma fille j’en reviens malade. Je me rends compte que je n’aurai jamais l’occasion de vivre avec elle dans un vrai foyer. Ma famille ne veut plus entendre parler de moi. Mon frère a été tué par les militaires dans un accrochage. Je ne sais plus si celui qui m’a engrossée est toujours en vie..."

Des cas comme celui de Karima se comptent par centaines. Les forces de sécurité ont pu libérer des dizaines de victimes, très souvent mères de plusieurs enfants dont les pères ne sont pas connus. Les militaires ayant eu à gérer ces affaires racontent que très souvent, quand ils sont interrogés sur le sort de leurs filles, les parents nient leur existence ou disent qu’ils les ont mariées et qu’elles ont quitté la région. Un grand nombre d’entre elles préfèrent méme rester dans les casernes avec les soldats plutòt que de rejoindre leurs villes et villages, certaines d’etre reprises par les terroristes ou reniées par leurs familles.

Les témoignages des victimes libérées par les forces de sécurité montrent que les terroristes gardaient les femmes enlevées avec eux pour s’occuper des tàches ingrates de ménage et de cuisine mais aussi en tant qu’esclaves sexuelles. Elles étaient considérées comme leurs choses et ètaient déplacées d’un maquis à un autre par dizaines.

 

4. Aicha, 22 ans, a raconté à la presse qu’elle a été kidnappée à l’issue d’un massacre visant le petit village de Amroussa, wilaya de Blida. "Je les ai reconnus. Ils avaient l’habitude de venir manger ou se reposer au village. Ce jour là, ils sont venus pour emmener les filles de force. Ils m’ont trainée par les cheveux jusqu’à la cour puis m’ont ordonné de suivre les autres jeunes filles du village enlevées.

Mon père a essayé d’intervenir, il recu un coup de pioche sur la tete. J’ai crié de toutes mes forces et supplié leur chef pour qu’il épargne ma mère et mes frères et soeurs, mais lui était comme sourd. Il m’a donné un coup de crosse en me disant que les femmes n’ont pas droit à la parole. J’étais comme paralysée. J’étais préte à exécuter tous ses ordres pourvu qu’il mette fin aux tueries. Dès que j’ai atteint les vergers, les cris de ma mère ont retenti. J’ai eu froid au dos et j’ai compris que toute ma famille a été décimée (..).

Arrivée au campement, un des terroristes m’a jeté un foulard exigeant de moi de cacher ma chevelure. A la tombée de la nuit, l’émir est venu me prendre dans un coin. J’ai compris ce qui allait m’arriver. Je l’ai supplié en lui expliquant que ce qu’il allait faire est un péché. Il m’a poussé violemment contre le sol, s’est mis sur moi en me disant qu’il était moudjahid et qu’à ce titre, il avait le droit d’avoir toutes les femmes qu’il voulait. J’ai eu très mal, je me suis évanouie et quand je me suis réveillée, j’étais nue et mes cuisses pleines de sang.

J’ai hai ma propre personne au point de souhaiter la mort à chaque fois que je voyais un homme. C’était horrible. Chaque soir, il revenait et ce sont les memes gestes et memes douleurs que je revivais. Au bout d’une semaine, l’émir m’a laissée pour une autre nouvellement enlevée. La pauvre avait à peine 15 ans. Je pensais que j’allais enfin connaitre le repos. Ce n’était qu’un reve, car un autre monstre est venu le soir d’après me violer.

Durant trois mois, chaque soir ce sont des viols répétés et c’est une partie de moi qui se consume à chaque fois. Aujourd’hui, je n’ai plus le goùt à la vie. J’ai tout perdu. Ma famille, mon honneur et ma dignité d’un etre humain... "

 

5. Zahra, àgée de 17 ans a été enlevée en 1995 d’un village de la Mitidja. "Je criais, criais de toutes mes forces mais en vain (...) J’ai marché avec eux pendant plusieurs heures dans la foret. Nous sommes arrivés dans une vieille maison ou se trouvait une dizaine de jeunes femmes. Il y en avait meme qui avaient à peine 12 ans (...) Lorsque mon tour est venu, l’émir m’a violée (...) en me disant: tu sais qu’on égorge les femmes qui tentent de fuir (...). Il n’avait rien d’humain. A chaque fois qu’il me souillait, il me menacait de son couteau de boucherie. Je m’attendais tous les jours à ce que cette lame traverse mon cou."

 

6. Kheira, une autre victime d’à peine 22 ans a été kidnappée dans un village près de Médéa. Elle a témoigné devant les journalistes de la télévision et de la presse écrite en 1996 des horreurs qu’elle a vécues avec d’autres victimes.

"Chaque soir, c’est un nouveau terroriste qui vient me prendre, confiait-elle aux journalistes. Ils ne me regardaient meme pas. Ils me demandaient juste de me déshabiller, quant ils ne le faisaient pas brutalement. Ils passaient généralement l’un après l’autre en se répartissant le temps. En une nuit, j’ai du subir une dizaìne de viols (...). Les filles qui tombent enceinte, sont tuées par écartèlement une fois que leur ventre commence à grossir."

Ce témoignage ne differe pas de celui d’une autre femme, agée de 40 ans, violée par des intégristes armés qui ont l’àge de ses enfants.

En 1997, à l’issue d’une importante opération militaire menée contre une des bases du GIA située à Sidi-Moussa, plus précisément au quartier de Ouled Albi, situé à uno vingtaine de kilomètres d’Alger, un des terroristes ayant participé au massacre de Bentalha, en septembre 1997, a été arreté et présenté à la presse nationale.

Il avait déclaré à l’époque que l’émir leur a donné la permission "de faire ce qu’ils veulent des sabayate. Elles étaient au nombre de dix-sept lors du massacre de Bentalha. La plus belle a été prise pour l’émir. Les autres, nous avions chacun de nous le droit de passer avec chacune d’elles deux minutes. Après elles ont toutes été égorgées puis jetées dans un puits."

 

7. La petite Nour El Houda, assassinée dans des conditions atroces par les mains de Mustapha Kartali, émir de l’AIS à Larbaa, wilaya de Blida et ancien maire du FIS de cette mème ville. La petite fille avait à peine 12 ans. Les terroristes ont fait irruption à l’intérieur de la classe. Leur chef, Kantali, a pris Nour El Houda par la main et l’a emmenée dans la cour puis l’a égorgé de sang froid après l’avoir violée.

Son corps devait étre transféré vers une autre ville, en attendant d’étre inhumé, mais le meme criminel intercepte l’ambulance durant son trajet, prend le cadavre le mutile, puis le jette dans un fossé après avoir aspergé d’essence et brùlé le véhicule médical. Le corps de Noun El Houda n’a été retrouvé que trois jours après. Aucun des habitants de la ville n’a voulu assister à l’enterrement, parce que les victimes de Kartali, dans cette ville, ne méritaient pas un enterrement digne de ce nom. Meme l’imam, a eu peur de venir faire la prière du mort.

 

8. Saìda, 18 ans, a révélé que ses ravisseurs l’ont obligée à ne porter des vétements que sur la partie supérieure de son corps. "Nous étions nombreuses dans le campement. Nous portions toutes une petite tenue qui couvre le buste. Depuis que certaines ont réussi à s’échapper pour informer les forces de sécurité du lieu de cantonnement, ils ont pris cette décision. Pour eux nous ne sommes pas des etres humains mais plutot des objets qu’ils ont pris à leurs ennemis. Tous les soirs ce sont les memes scènes d’horreur. Il m’est arrivée d’etre violée une dizaine de fois en l’espace de deux heures. Ils viennent un par un assouvir leur instincts animaliers sans se soucier de notre état de santé. Quand ils découvrent qu’une de nous est enceinte, ils l’égorgent.

Le jour où les militaires ont investi les lieux, c’est comme sì j’étais née une deuxième fois. J’ai tout de suite pensé à ma famille (...) Comment allait-elle prendre mon retour, surtout avec le monstre que j’ai dans mes entrailles. Mon père m’a reniée et ma mère ne veut plus entendre parler de moi. Pour eux je suis morte et enterrée. Une vieille dame m’a accueillie et aidé à interrompre ma grossesse. J’ai erré pendant des mois. Mon avenir, ce sont les intégristes armés qui l’ont enterré, je n’ai plus de raison de vivre. Ma mort est plus bénéfique pour moi que ma survie..."

 

9. Autre cas édifiant que celui de Nora, une petite adolescente de 12 ans, retrouvée par les gendarmes errant à demi-folle dans la wilaya de Biida en 1996 avec une grossesse de plus de trois mois. Nora au visage enfantin, à la belle chevelure chatain claire qui cache une bonne partie de son corps frele, a été enlevée à sa sortie de l’école par un groupe d’intégristes armés non loin de la ville d’Eb-Afroun, wilaya de Blida.

Elle avait passé six mois dans un maquis terroriste. Ayant remanqué sa grossesse, les ravisseurs l’ont laissée partir, d’autant quelle affichait des signes apparents de folie. Une fois prise en charge par les militaires, ces derniers ont convoqué son père pour la récupérer. "Je n’ai pas de filles enlevées par des terroristes. Ma fille a été tuée. Faites en ce que vous voulez de celle que vous avez retrouvée ", a-t-il déclaré aux militaires.

Ces derniers n’ont pu remettre Nora à ses parents de peur qu’ils ne la tuent. Pourtant, Nora, meme dans sa folie, n’arretait pas de réclamer sa mère et son père. Les autorités l’ont placée en hopital psychiatrique. Les praticiens ont d’abord interrompu sa grossesse, avant d’entamer les soins psychologiques.

 

10. Hafida a interrompu sa grossesse avant d’entamer les soins. Elles est toujours internée. Elle était mariée lorsque les intégristes l’ont enlevée dans la rue. Elle a disparu pendant deux mois au cours desquels elle a vécu, a-t-elle déclaré, des véritables cauchemars. "Je leur disais que j’étais mariée et qu’à ce titre ils n’avaient pas le droit de faire cela. Ils me répétaient à chaque fois que mon mari était un apostat et les épouses des apostats sont des sabayate. Lorsque j’ai été délivrée par les militaires, j’ai appelé ma belle-famille et mon mari. Ce dernier a compris mon malheur, mais sa famille a refusé de me reprendre. Je me suis retrouvée seule sans toit. La rue a été mon refuge. Aujourd’hui je danse pour gagner ma vie. Mon corps ne m’appartient plus..."

 

IV. Responsabilité des corps constitués

Des cas comme celui de Nour El Houda sont très nombreux et n’ont été que très rarement rendus publics par les autorités. L’Observatoire national des droits de l’homme (ONDH) a quant à lui publié depuis 1995 trois rapports sur la situation des droits de la personne en Algérie, qu’il a préalablement présentés au Président de la République.

Dans ces rapports, une grande partie est consacrée aux statistiques des victimes du terrorisme. Selon les chiffres que nous avons pu avoir au niveau du ministère de l’Intérieur, 1 013 femmes ont été victimes de viols entre 1994 et 1997. De 1997 à ce jour, plus de 2 000 femmes ont été kidnappées, violées et, dans la majorité des cas, assassinées par les intégristes. Elles ont du subir les plus atroces des humiliations. Gardées à moitiés nues, pour qu’elles ne puissent s’échapper, elles ont très souvent été soumises à un état d’esclavage total.

Le nombre de ces femmes dépasse largement le nombre officiel avancé par le ministère de l’Intérieur qui concerne particulièrement les victimes délivrées par les forces de sécurité de 1993 à 1994, 301 femmes violées ont été ainsi recensées. Dans de nombreux cas, la famille refuse de déclarer ou de déposer plainte.

1. Dispositions légales

Malheureusement, aucune loi n’existe aujourd’hui pour protéger et prendre en charge ces femmes meurtries dans leur chair et leur ame. Elles n’ont pas le statut de victimes du terrorisme, comme toutes les autres victimes décédées ou blessées. Le législateur n’a pas pris en compte le traumatisme de ces milliers de victimes qui se retrouvent, en outre, très souvent chassées de leurs domiciles familiaux et sans ressources pour continuer à survivre. Si nombre d’entre elles sombrent dans le vagabondage ou la prostitution, d’autres, par contre (elles sont minoritaires), changent de ville pour trouver du travail et recommencer à zéro leur vie.

De nombreuses associations féminines ont interpellé le ministère de l’Intérieur pour inclure la catégorie des femmes violées parmi les victimes du terrorisme. Le ministère de la Solidarité et de la Famille devait méme mettre au point un projet de loi dans ce sens. Mais ce texte n’a toujours pas vu le jour.

Un des problèmes majeurs pour les victimes de viol réside dans le fait qu’elles ne peuvent pas, lorsqu’elles sont enceintes, interrompre leur grossesse, l’avortement étant toujours interdit en Algérie. Selon des chiffres officiels, au moins 40 % des femmes violées ont eu des enfants, et la majorité d’entre elles ne connaissent pas le père de celui qu’elles portent dans leurs entrailles, car elles ont subi des viols collectifs. Dans ces cas précis, certains médecins, quand la femme le demande, pratiquent l’avortement en se protégeant derrière la loi 85-05 relative à la promotion et la protection de la santé. Cette loi habilite les médecins à décider de l’interruption de la grossesse à condition que celle-ci présente un danger pour la santé de la mère.

Le ministère de la Santé et de la Population a récemment rappelé le contenu de la loi sanitaire du 17 février 1985 qui prévoit en son article 72 que " l’avortement dans un but thérapeutique est considéré comme une mesure indispensable pour sauver la vie de la mère en danger et préserver son équilibre psychologique et mental gravement menacé ". Il a donné instruction en début de l’année 1997 aux médecins d’accepter de prendre en charge ces femmes et, dans le cas où elles le demandent, de pratiquer l’interruption de grossesse. Mais cette décision a été très critiquée par les partis islamistes légaux qui voyaient en elle un acte contraire à la religion.

La loi sanitaire de 1985 concernait alors les femmes victimes d’inceste ou, plus généralement, de viol. En effet régis par des valeurs traditionnelles de pudeur et d’honneur, la famille et l’entourage de la victime ressentent le viol comme une honte, une atteinte à l’honneur de toute la famille et peuvent aller jusqu’à renier les femmes violées et souhaiter leur mort. Il était donc important et normal aux yeux de la société de permettre à celles qui avaient subi un viol de ne pas en garder le fruit. Rien ne devant transparaitre de ce "déshonneur".

La loi fut donc concue non pour soulager les femmes mais d’abord pour soulager les familles et permettre que ce qui fut ne soit pas su. Mise à part la reconstitution de l’hymen par opération chirurgicale qui est brandie comme la solution pour les victimes, les ravages psychologiques et physiques n’étaient pas et ne sont toujours pas la préoccupation de la majeure partie du corps médical et de son administration.

Cette loi qui permet l’avortement dans des cas graves reste sous-utilisée pour les viols systématiques perpétrés par les groupes armés intégristes. Plus généralement, l’action des ministères concernés se limite à des travaux d’études et de réflexion qui n’aboutissent que très rarement sur le terrain et ne touchent que quelques-unes des victimes.

2. Dispositions religieuses

Le Haut Conseil islamique (HCI) s’est particulièrement distingué d’abord par son silence face au drame vécu par les femmes violées, malgré le fait que l’acte de viol soit sévèrement condamné en islam.

Interpellé par le ministère de la Solidarité et de la Famille sur la question de l’avortement, le HCI, au lieu d’apporter une aide aussi minime soit-elle en marquant sa disponibilité morale à examiner la question et à initier un Ijtihad pour alléger la souffrance des victimes, se contente de rappeler dans une dépeche publiée par la presse que seul le Président de la République est habilité à le saisir. Cette attitude, face à l’ampleur du drame, a choqué une partie importante de la société algérienne.

Alors que des milliers de femmes continuent d’endurer le supplice et que la société civile dénonce leur non-prise en charge, le HCI rompt le silence en déclarant que "les viols ne portent atteinte ni à l’honneur ni à la chasteté de leurs victimes " et en limitant très sévèrement le droit à l’avortement.

La position du HCI rejoint celle d’El Azlìar qui considère les violeurs intégristes comme étant Musulmans et qu’il n’y a pas lieu de rendre licite l’avortement car de fait les enfants issus de ces viols seront musulmans. Cette position reflète une vision des rapports sociaux de sexe basée sur la domination de l’homme sur la femme. Le viol, condanmé par l’islam, se voit, par cette prise de position réductrice, banalisé. Les femmes, victimes d’une grave violence n’ont pas le droit de décider de leur vie, de leur corps. "La femme est une non-personne" réduite à n’etre qu’une génitrice et peu importe le devenir d’un enfant sans filiation.

3. Carence de la prise en charge psychologique

Les psychologues algériens considèrent que les violences sexuelles pratiquées à grande échelle par les terroristes sont un grave danger pour l’équilibre global de la société.

Dans une étude consacrée à ce phénomène et réalisée il y a quelques mois, les experts en psycho-psychiatrie précisent que ces actes ne peuvent etre appréhendés comme le simple fait de groupes pervers ou de marginaux. Les viols sont planifiés pour etre utilisés comme instrument de torture et de guerre visant à humilier la victime, sa famille et son milieu social. Et c’est dans ce sens, souligne-t-on dans l’analyse, qu’ils sont souvent récurrents et infligés collectivement.

Les psychologues signalent que les violences sexuelles provoquent des perturbations de la personnalité et de l’identité des victimes, lesquelles sont principalement les femmes, les adolescentes et les fillettes. Mais, ajoutent-ils, "ni les hommes, ni les adolescents ne sont épargnés. Les conséquences de ces actes s'aggravent lorsque la victime est un(e) enfant ou un(e) adolescent(e). Les répercussions sont également lourdes à supporter pour les proches de la victime, car les viols renvoient toujours à la problèmatique de la honte et de la culpabilité que la famille doit assumer vis-à-vis d’un environnement."

Les violences sexuelles étant multiples et variées, les experts classent les viols, les attentats à la pudeur et les actes contre-nature au premier rang. Pour les auteurs de l’analyse, la séquestration et l’enlèvement sont des facteurs qui aggravent les conséquences psychologiques et traumatologiques que subissent les victimes. Ces répercussions sont multiples et dépendent de l’age de la victime ainsi que de son degré de maturité psychologique et sexuelle. Il est aussi souligné dans celle étude la fréquence de certaines conséquences telles que la perte de la virginité, la grossesse, la contamination par le virus du Sida et par les maladies sexuellement transmìssìbles, la stérilité ainsi que les troubles psychiatriques et psychologiques.

Pour ces derniers, il est dit qu’il s’agit généralement d’un état de stress post-traumatologique et de troubles parfois graves de la personnalité et de l’identité sexuelle, décelés notamment chez les adolescent(e)s et les enfants. Les victimes peuvent etre rejetées par leur famille, et la stabilité de celles-ci peut etre gravement compromise, ce qui augmente le danger de désinsertion sociale de la victime (errance et prostitution).

Les psychologues consacrent une grande partie de leur étude à la prise en charge des victimes des violences sexuelles afin de faire face aux effets à court, moyen et long terme de ces actes de destruction sociale. Ils font observer que la reconstruction doit etre entamée avec la reconnaissance comme victime de la personne ayant subi des violences sexuelles, reconnaissance sociale, psychologique et juridique, au meme titre que les victimes des autres types de violence.

Cette prise en charge consiste, d’après les spécialistes, à réparer les dégats psychologiques et traumatologiques d’une facon collective ou individuelle. Mieux, les psychologues déclarent que cette réparation constitue le moyen le plus sur pour que le processus de la violence ne se perpétue pas à travers les générations. D’autre part, les psychologues trouvent que les victimes libérées de leurs agresseurs ont toujours du mal à rendre compte des violences subies aux personnes chargées de recueillir leur déclaration.

Pour cela, préconisent-ils, il conviendrait de former des personnes qui auront pour mission de parler avec les victimes et qui seront capables d’atténuer leur sentiment de culpabilité mais surtout de prévenir de la réaction de retrait et de mutisme que les victimes de violences sexuelles adoptent souvent. Etant en situation de précarité psychologique et sociale, les victimes doivent bénéficier d’une assistance médicale, psychologique, sociale et juridique individualisée et appropriée. A propos des victimes enceintes, les spécialistes les classent en deux catégories.

La première catégorie concerne les femmes dont la grossesse est récente. Pour celles-ci, les psychologues, afin de prévenir l’avortement criminel, l’infanticide, l’abandon d’enfants, leur maltraitance, et pour la préservation de l’équilibre mental de la femme violée, prescrivent l’interruption de la grossesse qui selon eux s’impose comme une mesure thérapeutique. Celle-ci doit etre permise dans tous les milieux médicalisés: centre de santé, hopitaux, cliniques...

La deuxième catégorie est relative aux femmes dont la grossesse est avancée. Il y a lieu de signaler, indiquent les spécialistes, la nécessité d’aider les victimes à mener à terme leur grossesse dans des conditions décentes d’hébergement dans une institution spécialisée, au sein d’une famille de parrainage ou, à défaut, lui permettre l’accès aux maternités, quel que soit l’age de la grossesse. Il est demandé également d’aider la victime à faire le choix entre l’abandon de l’enfant ou sa garde, de l’informer de ce qui adviendrait de celui-ci dans le cas où elle l’abandonerait, pour l’aider à se déculpabiliser, de soutenir psychologiquement et financièrement les femmes qui veulent garder leur enfant.

Pour les deux catégories, soulignent les spécialistes, l’aide psychologique, sociale et juridique doit toujours etre assurée à la victime. Les spécialistes relèvent par ailleurs la nécessité de l’indemnisation des femmes victimes des violences sexuelles pour des raisons d’équité et de solidarité nationale. Ils indiquent que l’indemnisation est un préalable à la réparation et constitue, non seulement un moyen de réinsertion socioprofessionnelle, mais aussi une réponse collective de reconnaissance de la souffrance subie et de la volonté de la société et des pouvoirs publics de soutenir ses membres agressés.

Dans les cas de violences sexuelles, il est universellement reconnu que la victime subit des préjudices graves qui sont à l’origine de perturbations sexuelles et psychologiques importantes et qui compromettent ses chances de mener une vie heureuse, expliquent les experts dans leur rapport composé d’une dizaine de pages.

C’est ainsi, concluent-ils, que l’évaluation de l’indemnisation doit tenir compte non pas d’une incapacité mais plutot de la perte de chance (par exemple, la violence subie compromet les chances de mariages, et lorsque la victime est mariée, c’est la continuation de sa vie conjugale qui est compromise) et du prix de la douleur.

Elle doit se faire par un versement d’un capital ou d’une pension. Les spécialistes recommandent aux pouvoirs publics de redynamiser en urgence l’action des cellules d’assistance aux victimes du terrorisme.

Les priorités pourraient se résumer à ce qui suit:

  • Organiser le lieu a l’accueil des victimes: un pavillon ou un centre dans un milieu féminin, maternité, gynécologie, pédiatrie, etc.
  • Réfléchir à l’utilisation ou à l’ouverture de coupoles de Wali ou Saint religieux dans les zones rurales, de montagne. En tant que lieu de rencontre et d’expression fortement apprécié par les femmes d’origines modestes et diverses.
  • Organiser, à partir de ces lieux, l’orientation de celles qui le souhaitent et les plus fragiles vers les centres spécialisés, en tenant compte du regroupement des praticiens psychiatres, psychologues, sociologues, assistantes sociales, etc.
  • Etablir et entreprendre un soutien de confiance pour réparer les degats psychologiques. Ce soutien devra etre multiforme - médical, psychologique, social (prise en charge materiel, hébergement, etc.) - pour le suivi à moyen et long terme.
  • Considérer, comme le propose un médecin légiste (5), le viol comme un problème de santé publique, de santé mentale, avec un volet prévention et un volet prise en charge.
  • Qualifier les praticiens: psychiatres, psychologues, gynécologues, etc. qui seront en contact avec les victimes.
  • Créer un réseau de soutien dans le cadre du mouvement associatif féminin: lors d’un entretien, une spécialiste en psychiatrie du CHU Frantz Fanon de Blida dit etre convaincue que la société civile et notamment les associations féminines peuvent constituer un relais, un moyen et un soutien dont le rapport permettra d’aller vite vers les solutions appropriées pour soulager les victimes et pour conforter les liens qui doivent se tisser entre les deux groupes et faciliter ainsi les réinsertions attendues aussi bien par les victimes que par les praticiens.

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5. Professeur Mehdi Youcet médecin légiste au CHU d’Alger Centre: Le viol: point de vue d’un médecin légiste. In plaquette Violence et société. INSP actes de La journée d’étude du 23/10/1996.

 

V. Mobilisation de la société civile

C’est sous l’action des médias et d’associations de femmes que les Algériens et l’opinion internationale prennent connaissance des cas de viol. Les témoignages sont poignants et suscitent alors de vives condamnations de la part de la société algérienne horrifiée et inquiète quant au sort réservé aux femmes par les GIA et l’AIS. Dans certaines régions touchées par le terrorisme, les familles organisent le départ de leurs femmes et filles vers des destinations estimées plus protégées.

La dénonciation du viol comme arme de guerre parvient à l’opinion par le biais de la presse écrite indépendante, de documentaires télévisés mais également à travers les communiqués et déclarations de condamnations émanant d’associations de femmes. Ces dernières jouent un role particulièrement actif pour porter au grand jour cette pratique criminelle.

Des initiatives sont alors prises par des milieux de la société civile, notamment féminin, pour venir en aide aux femmes victimes de viol, mais les conditions sécuritaires et la nature du drame vécu qui enferme les victimes dans une attitude de mutisme rendent difficile toute proximité. Cette situation met en évidence le décalage qui existe entre l’ampleur du problème et les moyens institutionnels mis en place pour sa prise en charge. Un état des lieux en matière d’accueil et de prise en charge de ces victimes est établi. Il laisse apparaitre les maillons faibles du système de santé, l’inexistence de structures d’accueil, le manque de qualification des praticiens souvent désarmés face à la gravité des faits subis par les victimes et bien sur les tabous.

Au plan sociologique cest la mise en évidence de la difficulté de la société à assumer les conséquences d’un tel problème.

Le silence brisé autour du viol, différents partenaires de la société civile - associations de femmes, associations de victimes du terrorisme, praticiens de la santé publique, media... - ont, parfois, chacun de leur coté agi pour que les femmes victimes de viol bénéficient du statut de victime du terrorisme. Ils ont fait pression pour que soit réactualisée la loi sur l’avortement.

Les initiatives prises par les différents acteurs de la société civile, meme si elles ont le mérite d’exister, demeurent limitées. Elles posent avec force la délimitation des responsabilités morales et sociales des différents partenaires sociaux dans la prise en charge des victimes du terrorisme et notamment des femmes violées par les terroristes.

A noter qu’au niveau de la mouvance islamiste, aucune initiative allant dans le sens du soutien moral aux femmes victimes de viol n’a été revelée.

 

VI. Conclusion

Il est clair que le but recherché à travers les viols systematiques, utilisés par les groupes intégristes comme arme de guerre est de mettre le plus grand nombre de citoyens en situation de vulnérabilité et de peur permanente. Une situation qui a poussé d’ailleurs des milliers de personnes, habitant particulièrement dans les zones rurales, à l’exode.

Le nombre des femmes victimes de ces actes dépasse aujourd’hui les cinq mille. Malheureusement, très peu, pour ne pas dire aucune structure de prise en charge n’existe actuellement. Les femmes violées, une fois retrouvées ou liberées par les forces de sécurité, sont pendant une bonne période prises en charge par les militaires, lesquels nous affirment avoir d’énormes difficultés à leur trouver une gite ou une structure à meme de s’occuper de leur traumatisme. Certaines de ces victimes se retrouvent dans des centres de vieillesse.

L’Etat n’a jamais pensé à construire des structures de prise en charge, y compris pour les mères célibataires qui existaient déjà avant le terrorisme. La pratique du viol comme arme de guerre a mis les authorités devant un grave problème de prise en charge de ces milliers de femmes traumatisées.

La crise èconomique aidant, aucun ministère, y compris celui des Affaires sociales, ou encore celui de la Solidarité nationale, n’ont pensé à demander les budgets nécessaires pour construire des centres d’accueil pour les femmes violées.

Lors d’un téléthon de 24 heures, lancé en 1992, de nombreux Algériens avaient donné de l’argent pour le lancement de plusieurs structures appelées Diar Errahama, où des pavillons devaient etre aménagés pour cette catégorie de victimes du terrorisme.

Malheureusement, à l’éxception de l’initiative prise par l’armée pour construire à Birkhadem (commune de la wilaya d’Alger) une teelle structure, aucun centre d’accueil n’a encore vu le jour pour des raison diverses (documents legaux, terrain, financement…).

Le centre de Diar Errabma do Birkhadem n’a à ce jour pris en charge que quelques cas. Il a des difficultés à démarrer faute de moyens humains et matériels.

Face à cette carence, il est suggéré que les pouvoirs publics réactivent les cellules de proximité installées au niveau de chaque commune, hòpital ou centre de santé pour prendre en charge psychologiquement les victimes.

Les experts en santé mentale dans leur rapport remis au ministère de la Solidarité et de la Famille, ainsi qu’au chef du gouvernement, ont attiré l’attention des pouvoirs publics sur la formation des personnes chargées de l’écoute des victimes au niveau de ces cellules de proximité qui dépendent directement de la direction sociale de la wilaya.

Elles serviraient en premier lieu à atténuer le sentiment de culpabilité et surtout prévenir la réaction de retrait et de mutisme que les victimes des viols adoptent très souvent.

Les mesures urgentes préconisées par les psychologues pour les femmes enceintes sont de leur permettre l’accès à la maternité quel que soit l’age de la victime ou d’accéder à une structure de soin pour interrompre la grossesse si cette dernière menace son équilibre mental et physique.

Il est aussi important d’indemniser les victimes de viol dans un but de réhabilitation sociale. Les conséquences du viol sur la société algérienne sont catastrophiques, et les effets peuvent etre assimilés à ceux d’une bombe à retardement, si rien n’est entrepris en urgence pour la prise en charge de cette catégorie de victimes.

La reconnaissance de la souffrance des victimes de viols, la réparation et la mise en place de nouveaux rapports sociaux entre les sexes sont à la fois une manière de permettre aux femmes ayant subi un viol et au reste de la société de dépasser la haine et la honte et construire de nouveaux rapports sociaux.

" Dans toutes les sociétés, le viol reste aux yeux de beaucoup le signe ineffacable de la plus grande honte... A la destruction physique des personnes, s’ajoutera la transmission de la honte aux générations à venir, à cause de ces traumatismes non métabolisés puisque recouverts par le silence né de la honte et qui vise la destruction identitaire du groupe.

Le silence collectif aurait des effets négatifs sur les femmes violées car le silence voudrait cacher la souillure" en essayant de circonscrire l’effet de propagation de la honte. Et il a été souligné par les praticiens qu’il est nécessaire que les femmes sentent que ce qu’elles vivent est partagé avec les autres. Le danger au niveau individuel est que s’installe la conspiration sociale du silence. La reconnaissance publique et officielle des femmes violées doit etre encouragée (6).

"L’impossibilité de mettre en oeuvre une procédure pénale au sens classique pourrait etre compensée par d’autres types de mécanismes d’enquete et de dévoìlement public des violations commises, dans l’intéret des victimes et de la société en général.

D’abord, le procès ou la procédure quasi judiciaire doit servir à redonner à la victime, par le biais de son témoignage, un sens de controle sur soi et sur la situation de meme, il doit servir à briser le silence et l’isolation de la victime, tout en lui redonnant confiance en sa communauté d’appartenance. On peut espérer que le processus permette à la victime de comprendre un peu mieux, malgré l’absurdité des horreurs, les causes et les conséquences de celles-ci. En permettant une reconnaissance publique de la violation, la procédure judiciaire ou quasi judiciaire est en soi un événement libérateur, s’il se déroule dans un climat de respect pour la victime. A cet égard il est d’une extreme importance que les violations des droits des femmes soient reconnues comme telles, c’est-à-dire comme des formes de violence les privant de leurs droits les plus fondamentaux, et non pas en tant qu’atteinte à leur honneur ou à leur réputation. "

Par ailleurs, toutes une série de mesures doivent etre prise de facon à protéger les victimes et à s’assurer qu’elles ne soient pas poussées à témoigner dans des conditions qui ne feraient qu’aggraver leurs sentiments de honte et d’insécurìté. On rapporte en effet que plusieurs victimes de viol ou autres sevices sexuels auraient subi de graves dépressions ou se seraient suicidées à la suite d’entrevues. Le soutien moral des témoins/victimes et la possibilité de préserver la confidentialité sont deux caractéristiques importantes à prendre en compte. Aussi, la formation des juges et du personnel judiciaire est central, si l’on veut dépasser les préjugés enracinés profondément dans les institutions chargées de la justice.

Les recours collectifs constituent une facon appropriée de faire reconnaitre l’existence dune serie de violations sans que chaque victime soit amenée à témoigner, d’une part, et à pallier à l’absence ou la lenteur des mécanismes nationaux établis à la suite de crises humanitaires majeures, d’autre part.

Au-delà ou indépendamment, selon les cas, de la punition des criminels, il est important de répondre aux besoins de réparation et/ou compensation des victimes. Le problème particulier que pose la réparation ou la compensation des victimes de violations graves telles que le viol a autres actes de torture tient dans la diffìculté d’évaluer les dommages subis. Outre une compensation pécuniaire, il apparait essentiel que la responsabilité de réparer ou d’indemniser les victimes de violations graves comprenne services et soins médicaux, psychologiques, juridiques, de méme qu’une reconnaissance officielle de la responsabilité de l’Etat dans la violation, s’il y a lieu.

Il est également important d’inscrire cette démarche dans une action plus large qui se traduiraìt par un travail pédagogique sur la citoyenneté, son histoire, le statut de la femme comme citoyenne. Une telle action viserait à dénoncer l’indulgence implicite que toute institution accorde aux questions de viols, sévices, tortures psychosexuelles: les viols systématiques ont aussi été possible parce que leur dénonciation se heurte au déni général concernant le viol dans les sociétés en temps de paix (7).

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6. UNESCO, " Le viol comme arme de guerre ". Mise en oeuvre de la décision 141 EX/ 93 da Conseil exécutif et de la résolution 27C/I 1.1.11.6 de la 27. conférence générale. Unité de coordination des activités relatives aux femmes, p. 19
7. idem 22

 

Remerciements

Nous adressons nos remerciements

Au Docteur Metahri Nassima, psychiatre au CHU Frantz Fanon de Blida, pour ses orientations et les contacts qu’elle a organisés avec ses confrères en charge des rescapées de la région de Blida.

Au Docteur Chakali du CHU Frantz Fanon de Blida pour nous avoir livré ses préoccupations et son intéret de voir la participation et la contribution du mouvement associatif à la prise en charge des victimes de toutes formes de viols, et notamment celles qui se sont fondues dans la foule.

A tous ceux qui, anonymes, dans les institutions de l’Etat et leurs services ont été les plus coopératifs malgré les obligations de réserves auxquelles ils sont soumis et qui ont bravé leurs hiérarchies pour oser nous renseigner; nous considérons leur acte comme une interpellation du mouvement associatif pour qu’il s’engage à aider et assister toutes ces victimes.

 

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