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Conclusion générale
Entre la violence symbolique et celle qui s’exerce directement sur les femmes, il n’y a qu’une infime frontière. L’une se nourrit de l’autre et rappelle que la violence ne peut etre banalisée.
Les trois rapports, quel que soit le thème abordé, mettent en évidence la responsabilité des corps constitués dans les processus de violence et de violation des droits des femmes. L’égalité ne peut étre un principe formel. En effet, si les discours officiels et les constitutions des pays du Maghreb central affirment leur attachement a l’égalité, dans la réalité des institutions en reproduisant des représentations stéréotypées du féminin et du masculin, en laissant libre cours à des pratiques discriminatoires, participent de fait à la construction sociale de l’inégalité. Cela est d’autant plus prégnant dans une société où la vision patriarcale définit les rapports sociaux de sexe et où l’analphabétisme demeure encore important.
Les failles relevées dans les images de femmes véhiculées par le système éducatif et médiatique ; les atteintes et les difficultés vécues par les travailleuses au point de menacer un droit fondamental: le droit au travail; les hésitations décelées dans le traitement politique et social des femmes victimes de viols par l’intégrisme armé montrent toute la fragilité du statut des femmes dans nos sociétés.
Les initiatives (quand elles existent) prises par les corps constitués s’avèrent peu efficaces de par leur caractère ponctuel et éphémère. C’est pourquoi il devient urgent de mettre en place des mécanismes qui permettent, d’une part, de combattre les pratiques discriminatoires et, d’autre part, d’inscrire la culture égalitaire comme un principe qui régit les droits de la personne. Pour ce faire, il y a lieu de juguler les discours culturalistes qui constituent aujourd’hui un frein à toute avancée. En effet, c’est au nom de "la spécificité" qui particulariserait nos sociétés que les femmes demeurent mineures dans le champ privé alors que dans le champ public elles peuvent assumer les plus hautes responsabilités. La gestion de cette contradiction est à notre avis symptomatique de l’avancée ou non de la démocratie dans nos sociétés. En effet, l’Etat a une responsabilité majeure dans la mise en place de nouveaux rapports sociaux entre les sexes. Il est évident que la possibilité de remédier aux graves violations dont les femmes font l’objet est liée à une réflexion et à des actions concrètes remettant en cause les rapports de pouvoir existant entre les hommes et les femmes dans toutes los sociétés (…).. Par ailleurs un véritable travail pédagogique doit étre entrepris pour faire reculer les stéréotypes et dénoncer les formes de banalisation de la violence surtout lorsqu’elles sont le fait d’institutions.
Il est clair que les changements ne peuvent intervenir que si la société civile se mobilise, que si des passerelles sont lancées entre les différents partenaires sociaux. Or, force est de constater que le mouvement des femmes pour l’égalité se retrouve souvent seul à porter le combat pour l’égalité. Si les partis politiques démocrates déclarent leur adhésion à ce principe, la question féminine est le plus souvent gérée au gré des "priorités" politiques du moment qui la rendent dès lors secondaire. Les alliances qui se tissent entre le mouvement des femmes et d’autres acteurs de la société civile ne se font que rarement autour de cette revendication, ce qui participe à la ghettisation de la revendication égalitaire et entrave son avancée. Le combat pour les droits de "l’homme" et la démocratie est dès lors amputé d’une dimension vitale, et derrière l’universalité de cette notion se cacherait le refus de reconnaitre la spécificité du combat pour l’égalité entre les sexes.
La nécessaire mobilisation de la société civile et des forces attachées à l’édification d’un Etat de droit conditionne l’avancée de la culture égalitaire ainsi que son ancrage sociologique. Cela d’autant plus que les avancées du processus de modernisation dans nos sociétés a donné lieu à des discours conservateurs à l’exemple du discours islamiste. L’islamisme se présentant comme une alternative de société ravive la peur des femmes et redonne à la vision naturaliste une cohérence au nom de laquelle s’organise la hiérarchie et l’inégalité entre les sexes. C’est dans ce registre que les groupes islamiques armés puisent leurs arguments pour justifier leurs crimes et réduire les femmes en esclavage en disposant de leur corps et en les niant comme personne.
C’est pourquoi l’avancée de la culture égalitaire passe par le combat des pratiques discriminatoires, la constitution de groupes de pression mais également par la production de contre-discours.
Dans ce combat, les intellectuels ont un role important à jouer dans la mesure où ils ont pour fonction de débusquer, de démystifier les rapports sociaux de sexes construits sur l’inégalité et la domination.
Dans l’immédiat, le constat qui nous amène à pointer les lenteurs mises pour faire reculer les inégalités, à dénoncer la faculté qu’ont les institutions étatiques à taire ou à ignorer les discriminations... nous fait dire que de telles attitudes peuvent ressembler à une conspiration sociale qui fait de "la femme une non-personne".
C’est dire que le combat pour l’égalité est étroitement lié à celui pour la démocratie et pour l’instauration d’un Etat de droit.
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